Couple homo-lesbien: histoire d'une rencontre | Français

Comment se sont-ils rencontrés ; la manière dont ils ont raconté à leurs parents et la réaction de ces derniers ; leur comportement avec leurs enfants, leurs moments de crise et les solutions trouvées * Voici l'histoire d'Avi et Sari, un homosexuel et une lesbienne, tous les deux religieux, mariés ensemble. Ils nous racontent leur expérience, nous livrent un message : « Ne délaissez pas votre lien avec D.ieu à cause de vos passions et ne renoncez pas à votre envie d'être parent à cause de la Halakha ! »

Certes, il n'est pas simple de partager avec des inconnus ce que nous vivons ou avons vécu, mais nous pensons que nous devons le faire. Pourquoi le faire? Afin d'intégrer davantage de personnes dans le cercle dans lequel nous nous trouvons, afin de leur permettre de s'extraire du cercle vicieux du désespoir.  Ce désespoir qui s'agrippe à beaucoup d'entre nous, car il ne leur semble pas exister d'issue positive, tout paraissant sombre et noir. Toutefois, la réalité n'est pas comme ça !!!

Nous commencerons donc par l'histoire de chacun d'entre nous séparément, puis nous passerons à notre histoire commune (les noms cités ci-dessous sont des pseudonymes).

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Avi

Depuis que je  me souviens, déjà en tant que jeune homme, je ne comprenais pas ce que mes amis trouvaient aux femmes. Je n'ai jamais éprouvé d'attirance pour les filles de mon âge et parfois même je ressentais une certaine répulsion en leur présence. Au début je me suis demandé ce qui se passe et pourquoi je suis différent, mais avec le temps j'ai compris ce que je suis, un homosexuel, et j'ai compris que je le resterai. J'ai essayé, réellement, de changer en quelqu'un d'autre, sans y parvenir. Les thérapeutes qui m'ont suivi et soutenu ont tous convenu que je n'avais aucune chance de changer et que je resterai ce que j'étais.

Et c'est là que j'ai sombré dans la dépression. Car je voulais tellement être comme tout le monde, comme mes frères et mes sœurs, comme tous mes amis, c'est à dire marié avec une famille normale, avec des enfants, avec un foyer bien à moi. Mais une existence telle que celle-là ne rentre pas en compte du tout, puisque je ne pourrai évidemment pas vivre avec une femme que je ne pourrai satisfaire en amour, je ne pourrai lui offrir tout ce dont une épouse se doit de recevoir de son mari.

J'ai néanmoins essayé de sortir avec des filles et j'ai donc accepté les offres de mes amis. Je suis sorti avec plusieurs filles et je n'ai rien senti. A un certain moment, j'ai décidé de leur raconter et les trois filles, l'une après l'autre, ont mis un terme à notre relation. Je les comprends, je n'ai pas entretenu d'illusions et la plupart d'entre elles l'ont fait de la manière la plus polie possible. Toutefois, j'étais désespéré.

Il était évident qu'il est hors de question pour moi de transgresser la Halakha, si claire sur ce sujet, en vivant avec un homme, bien que j'aie aimé à cette époque quelqu'un – mais que puis-je faire si c'est ainsi que m'a fait le Créateur?  Je n'aurais échangé pour rien au monde ma foi, j'en étais certain.

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Sari

L'existence dans laquelle j'ai grandi est très semblable. Quand toutes mes amies ont terminé leurs études à l'Oulpana, lorsqu'elles ont commencé à « recevoir des avances » et qu'elles étaient assaillies par l'émotion à chaque rencontre qu'elles faisaient, je ne savais pas ce qu'il adviendrait de moi. Je ne pouvais vraiment pas m'imaginer habitant avec un homme, encore moins avoir avec lui des relations conjugales.  Et qu'en est-il de la maternité ? Comment aurai-je le privilège d'étreindre un enfant qui soit le mien et le faire grandir au sein d'une cellule familiale normale, avec une famille tout autour?

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Avi et Sari

Nous avons tous les deux eu vent de l'idée de rencontre entre homosexuel et lesbienne religieux,  grâce à nos thérapeutes en relation avec le rabbin Arale Harel. Ils nous ont dirigés vers lui, puis après maintes hésitations nous avons décidé de donner une chance à cela.

Chacun d'entre nous a rencontré d'autres conjoints potentiels, en vain, avant que l'on se soit rencontré. Sari était déjà au bord du désespoir, lorsque le rav Arale nous fîmes nous rencontrer, et c'est alors que se tissa un lien. Aucun d'entre nous n'avait pensé que nous pourrions ressentir cela envers l'autre sexe. Il ne s'agit pas d'amour mais de chimie, d'une sensation de compréhension et de partage, de confiance et d'estime. Notre univers culturel est très semblable, nos ambitions spirituelles, professionnelles, familiales –  tout est tellement proche et ressemblant.

Cela nous a pris beaucoup de temps, seuls avec nous-mêmes puis ensemble avec des thérapeutes, chacun séparément puis ensemble. Cependant, après plusieurs mois nous avons pris la décision d'aller dans cette voie. C'est avec l'estomac noué par l'émotion que nous avons annoncé nos fiançailles à notre entourage.

La conséquence de cette décision fut que nous nous sommes tous les deux sentis beaucoup plus libres de dévoiler à nos parents notre homosexualité, lesquels n'en savaient rien jusque-là. De cette manière ils se sentent moins menacés, car le fait que leur fils est homosexuel ou leur fille est lesbienne ne pourra pas empêcher ces derniers de fonder une famille ni de leur donner des petits-enfants.

C'était déjà difficile comme cela, mais nos parents ont été charmants. C'est ensemble que nous leur avons raconté, aux parents d'Avi avant le mariage puis à ceux de Sari un peu après, et ils nous ont acceptés sans problème. Les frères d'Avi sont également dans le secret et nous nous entendons à merveille avec eux !

Nous avons, depuis, parcouru une longue route, avec des hauts et des bas, mais grosso modo nous nous sentons bien ensemble. Il y a des moments de crise difficiles, comme dans chaque couple. Nous pensons que justement dans notre cas, il y a plus de chances de « survie » car nous avons conscience depuis le début des problèmes et nous nous en occupons.

Nous sommes en contact permanent  avec un thérapeute charmant, auquel nous demandons conseil en ce qui nous concerne. Même en ce qui concerne les enfants (nous avons déjà eu un formidable cadeau avec notre adorable petite fille, et nous attendons maintenant la naissance de notre second enfant), nous sommes en relation avec une conseillère parentale qui nous soutient et nous guide. Cette dernière a déjà accompagné trois autres couples qui ont suivi le même parcours que nous.

Nous sommes également en contact avec deux autres couples, nous nous rencontrons entre nous de temps à autre afin d'échanger des impressions, et même juste pour nous moquer de nous-mêmes. Nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres et la dynamique qui existe dans ces rencontres est tout à fait remarquable. Le rav Arale y prend parfois part et cela ajoute une ambiance toranique, ce qui est en soit magnifique.

Bref, la voie que nous avons choisie n'est pas simple et ne convient certainement pas tout un chacun. Il faut être mûr, posséder une identité sexuelle bien définie et être certain que c'est ce que vous désirez. Toutefois cela en vaut le coup – ne délaissez pas votre lien avec D.ieu à cause de vos passions et ne renoncez pas à votre envie d'être parent à cause de la Halakha !

Il existe une manière de le faire, celle par laquelle nous avons choisi de vivre notre existence, au sein d'une cellule familiale qui inclut beaucoup de partage et d'amour entre deux êtres mûrs; partage et amour aussi entre des parents et leurs enfants, lesquels ajoutent énormément à ce lien intense.

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